«Ils arrivent ! Ils arrivent ! », crie quelqu’un, alors que des dizaines de milliers de papillons surgissent soudain de derrière une colline. « Il faut le voir pour le croire : on dirait une rivière pourpre ! », s’exclame Chan Chia-lung, un chercheur de la Fondation taiwanaise de développement de l’ingénierie écologique.
Alors que les « spectateurs » s’extasient, la voie extérieure de l’autoroute n°3 est promptement fermée à la circulation pour que les papillons puissent la survoler en toute sécurité.
L’apparition des papillons se répète chaque printemps à Linnei, un village du district de Yunlin, dans le sud de Taïwan. Les papillons en question sont des danaïdes appartenant au genre Euploea qui hivernent dans le sud de Taïwan pour la plupart dans les districts de Kaohsiung, Pingtung et Taitung. Au printemps, leur instinct les pousse à s’envoler vers leurs lieux de reproduction, dans le nord de l’île pour revenir en octobre vers Maolin.
Chan Chia-lung a commencé à s’intéresser aux danaïdes et à travailler à leur protection en 2000, grâce à des financements du bureau des Forêts, au ministère de l’Agriculture. Il travaille depuis avec d’autres entomologistes amateurs à la documentation des trajets suivis par ces papillons voyageurs
Au cours de sa migration, la danaïde survole l’autoroute n°3, qui a été inaugurée en 2004, au niveau de Linnei. Grâce à un système de caméras, Chan Chia-lung a pu établir qu’à certaines périodes, il en passait à cet endroit plus de 10 000 à la minute. Il a aussi constaté que des dizaines de milliers de papillons étaient écrasés par les véhicules qui passaient à toute allure. En 2005, il a plaidé leur cause auprès de l’administration en charge des autoroutes.
En 2007, Lin Tieshyong et Cheng Jui-fu professeurs au département de l’ingénierie civile et écologique à l’Université I-Shou de Kaohsiung sensibilisés par le discours de Chan Chia-lung soumettent au bureau des autoroutes un projet de « corridor écologique ». Ils suggérent l’installation de lampes à ultraviolet pour inciter les papillons à passer à un endroit précis, ainsi que de filets le long de la voie pour les forcer à voler plus haut et ainsi éviter les véhicules. Ils ont aussi proposé de fermer à la circulation une partie de l’autoroute lorsque les passages de papillons dépassent 2 000 à la minute. A leur grand étonnement, ce projet fut accepté et réalisé.
Voila pourquoi, si vous circulez par une belle journée de printemps sur l’autoroute n°3 du côté de Linnei à Taîwan, vous serez invité à lever le pied pour laisser passer les danaïdes.
Des Adscita statices butinant une fleur de phacélie.
L’ Adscita statices est un hétérocère (papillon de nuit) de la famille des Zygénidés. Il est actif le jour, ce qui nous permet de l’observer butinant çà et là quelques fleurs, nous offrant ainsi sa magnifique livrée aux reflets métalliques vert turquoise.
Accouplement, la femelle en haut, le mâle en bas.
Sur la troisième vue, on observe que l’abdomen de la femelle est beaucoup plus gros que celui du mâle.
Sur cette image, on peut distinguer le dimorphisme au niveau des antennes
entre la femelle en haut (antennes en massue)
et le mâle en bas (antennes en plumet)
Quand on parle de migration de papillons, on pense généralement à celle du papillon Monarque entre le Mexique et le Canada, mais beaucoup méconnaissent celle du papillon « Vanesse des chardons » du Maghreb au nord de l’Europe.
Je faisais partie de ceux qui l’ignoraient jusqu’à présent, certainement parce que cette migration s’effectuait les autres années de manière plus discrète. Mais il semblerait que 2009 soit un cru exceptionnel quand à la quantité d’imagos concernées par cet exode.
C’est pendant le dernier week-end de mai en Normandie que je fus intrigué par le vol frénétique de dizaines de papillons traversant le champ dans lequel je me tenais. Ils allaient tous dans la même direction Nord/Ouest ne prêtant aucune attention aux fleurs qu’ils survolaient. Je me mis à les compter et, en extrapolant, je réalisai qu’environ 5000 papillons avaient dû survoler ce terrain d’à peu près 500 m de long sur une seule journée, beaucoup trop pour qu’il s’agisse d’un phénomène local.
Une rapide recherche sur internet me conforta dans cette impression qu’il s’agissait bien d’une migration. Laquelle atteint cette année une ampleur exceptionnelle, concernant plusieurs millions de « belles dames », l’autre nom de la « Vanesse des chardons » également appelée « Vanessa cardui ».
Ce papillon de la famille des nymphalidés est facilement reconnaissable par sa couleur brun jaunâtre avec le bout de l’aile noir ponctué de taches blanches.
C’est en Afrique du Nord que commence le périple des Vanesses, pour atteindre au printemps le sud de l’Europe où elles se reproduisent. C’est alors une nouvelle génération qui va entamer le voyage vers le nord de l’Europe pouvant conduire certains individus jusqu’en Suède. Le temps presse: en effet, la durée de vie de ce papillon est de 3 à 4 semaines. Pour parcourir de telles distances en un minimum de temps la « Vanesse des chardons » possède un atout, son battement d’aile, qui peut atteindre 80 fois à la seconde lui permettant ainsi d’atteindre la vitesse de 25 km à l’heure.
Une fois arrivées à destination, 1 ou 2 générations se succéderont jusqu’à l’automne et les derniers adultes entreprendront le voyage de retour.
Cette Belle dame n’atteindra pas la Suède et finira ses jours quelque part en Normandie
Voici une video sur youtube donnant un aperçu de ce phénomène.
Quelques liens indiquant qu’il s’agir d’un phénomène européen.
Il y a des projets qui séduisent et donnent un peu d’espoir en ce monde. Le “Butterfly world” de Clive Farrell en fait partie. On pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une serre aux papillons de plus, un peu plus grande que les autres, mais avec les mêmes visées commerciales. C’est justement là que le projet est vraiment différent.
Situé dans le Hertfordshire, à une vingtaine de kilomètre au nord de Londres, le “Butterfly world ” couvrira une dizaine d’hectares comprenant une prairie de fleurs sauvages qui permettra d’attirer et de sauvegarder les espèces autochtones. Tous les ans seront créés 12 jardins qui combineront les dernières réflexions sur le développement durable et le design contemporain.(Future garden)
Quelques chiffres pour résumer la situation des Papillons de Grande Bretagne.
* Au cours du XXème siècle, 5 espèces de papillons de jour et 60 espèces de papillons de nuit se sont éteintes.
* Le nombre d’espèces de papillons sur la liste prioritaire des espèces menacées a quintuplé dans les douze dernières années, passant de 11 à 53 papillons de jour (Rhopalocères) et de 24 à plus de 150 papillons de nuit (Hétérocéres)
Il comprendra également un dôme tropical de 100 m de diamètre et 17 m de haut, sous lequel environ 100.000 papillons tropicaux de 250 espèces différentes évolueront. Une forêt amazonienne y sera recréée, avec des étangs et des cascades. Des chemins de cordes permettront d’évoluer au-dessus de la canopée. Dans le sol seront creusées des grottes dans lesquelles évolueront des créatures telles que des araignées et des scorpions géants.
“Butterfly World” est la concrétisation du rêve d’un riche promoteur immobilier et entomologiste, Clive Farrell. Il a déjà établi une ferme d’élevage de papillons au Belize, qui exporte des chrysalides dans de nombreuses serres à travers le monde.
Sa passion pour les papillons raconte-il remonte à son enfance après avoir vu un tiger moth sortir d’une chrysalide. Il décida alors qu’il travaillerait pour leur conservation. Pour préserver les papillons locaux, Clive Farrell a même converti en prairies les terres de sa propriété afin de permettre à des espèces devenues rares de prospérer à nouveau.
De gauche à droite, David Bellamy, Clive Farrell et Sir David Attenboroug
Clive Farrell : ”Les papillons sont comme les canaris dans la mine de charbon. Dans des conditions de stress, ils sont les premiers à souffrir et à disparaître. Au XXème siècle, en Grande-Bretagne cinq espèces de papillons de jour et soixante espèces de papillons de nuit ont disparus. Ces pertes drastiques de papillon continuerons tant que nous destruirons leurs habitats naturels à un rythme effrayant. »
La première phase de Butterfly World – les jardins et les fleurs sauvages des prairies – ouvrira en Juin 2009 et l’ensemble du projet devrait être achevé d’ici à 2011.